7 octobre 2016

Heathcliff Fessard – Ingénieur en stratégie des déplacements

Et l’éclairage très éclairé de Laurent Kahn, Responsable développement « Smart City » & Produits Parkings chez NEDAP France chargé de développement pour les Mureaux

Question 1 : Lorsque l’on parle de Smart City, on ne désigne pour l’instant pas une ville réelle, mais un concept de ville où l’intelligence des relations et interactions entre humains et machines sont optimal … Vous êtes en somme un précurseur de la Smart City, pouvez-vous nous donner un premier retour d’expérience ? 

Audace, ce mot  résumerait bien cette envie d’amorcer de nouveaux dispositifs mêlant l’intelligence technologique et humaine. D’ailleurs, nous l’avions déjà entrepris dans un autre domaine : la fluidité du trafic des autobus en équipant ceux-ci d’un boîtier communiquant en temps réel leur position au contrôleur de feux tricolores de manière à leur donner, dans la mesure du possible, le vert et donc à réduire leur temps d’attente, optimisant ainsi leur régularité.  Des ajustements s’imposent pour paramétrer les algorithmes concédant de prime abord la priorité aux appels piétons. Ensuite, il s’agit d’analyser les résultats en équipe projet pour en discuter et accroître leur perfectionnement technique.

Dans le dispositif stationnement, nous n’en sommes qu’au démarrage, la philosophie est toutefois la même : coupler les intelligences humaines et techniques pour optimiser les usages et rendre encore meilleur le cadre de vie.

Question 2 : Concrètement la Smart city et le stationnement intelligent comment ça marche ? Quels sont les bénéfices à courts et longs termes pour la commune ? Quel a été l’accueil des habitants des Mureaux ?

Lier les deux pour faire du stationnement un véritable service aux automobilistes en quête d’une place de stationnement, disponible, et, au plus près de sa destination finale. Conséquence : une attractivité du coeur de ville renforcée sans pour autant augmenter les flux de trafic grâce notamment au guidage direct vers les places libres (réduction du temps de recherche,) Autre traduction logique : une amélioration de l’ambiance urbaine, du cadre de vie avec moins de pollution, de bruit et une satisfaction de l’ensemble des utilisateurs du domaine public. Pour le compte de la ville, cela se traduit par une augmentation de la durabilité de la voirie en raison d’une charge moindre de trafic. Par ailleurs, le taux de remplissage du parc relais en ouvrage enregistre une augmentation du nombre d’abonnements, soit : des recettes supplémentaires. Impact tout autant positif : la charge en investissement pour la création de nouvelles places de parking s’amenuise au point de s’annuler puisque le taux de disponibilité des places est atteint, en particulier : aux heures de pointe. Quant à l’acceptabilité du dispositif, celle-ci s’est faite quelque peu naturellement grâce en particulier à la disponibilité effective des places de stationnement, obtenue notamment par l’augmentation de la rotation  par place. Une particularité a permis de faire de la pédagogie à travers l’indication des places en dépassement réglementaire. Il s’agit d’un mat équipé de deux panneaux informant respectivement du nombre des places disponibles et du défilement des numéros affectés nominativement aux places en situation de dépassement. Cette info a permis d’insuffler un meilleur respect. À noter : le PV n’est pas automatisé, la surveillance s’opère dans les zones où l’offre de stationnement est saturée et où des véhicules sont en infraction de « longue durée ». L’accueil des habitants se traduit par l’absence de courriers, de pétitions au sujet de ce projet qui d’ailleurs s’étend en novembre 2016 : + 375 nouveaux capteurs.

 

Question 3 : Après le stationnement intelligent quelle serait, selon vous, la prochaine « brique » pour continuer à construire à la Smart City ?

La suite réside déjà dans l’idée de créer un outil de suivi des statistiques enregistrés par chaque capteur (un par place de stationnement). L’idée d’un observatoire du stationnement pourrait être l’occasion de réunir tous les protagonistes en vue d’en restituer les résultats mais aussi d’en optimiser les services apportés. Par exemple un taux d’occupation moyen par place en deçà de la durée de la réglementation pourrait être ajusté à la baisse et inversement à la hausse si la durée moyenne est supérieure à la réglementation. En ce qui concerne de nouvelles applications, il est d’ores et déjà imaginer de fournir les informations de disponibilité des places aux smartphones couplés au GPS des automobilistes pour leur garantir un temps de parcours affiné en fonction de leur destination finale en les guidant toujours vers les places libres. En bref, les suites sont infinies et laissent ainsi libre cours à la brillante intelligence humaine.

L’essentiel semble être écrit. Reste plus qu’à poursuivre pour convaincre de l’intérêt du smart grid auprès de chacun.

Laurent Kahn : Les pendulaires et autres mouvements aux Mureaux

Avant ….

«  Tout d’abord qu’est-ce qu’un pendulaire ?  Il s’agit d’un véhicule qui arrive le matin pour n’en plus bouger de la journée. Il y a tout d’abord les habitants de la proche banlieue des Mureaux qui doivent se rendre à Paris mais ne veulent pas y aller en voiture. Ils se garent donc le matin et ne reprennent leurs véhicules que le soir. De même, beaucoup de commerçants ou d’employés travaillants aux Mureaux font de même ce qui fait que, très tôt le matin, il n’y a quasiment plus de place en centre-ville pour stationner. En conséquence : problèmes de stationnement = problèmes de stationnements + problèmes de circulation : la « double peine » !

Inutile de préciser que la mairie avait alors « tout le monde » sur le dos compte tenu de cette situation chaotique : les commerçants clamaient: No Parking, No Business ! Les usagers, de leurs côtés aussi manifestaient contre le manque de place pour faire un simple arrêt de quelques minutes pour un achat rapide en boulangerie ou en pharmacie par exemple, le tout sans bloquer la circulation. A noter que si un « pendulaire » ne dérange personne dans un Parking Relais, il est considéré comme « voiture ventouse » en centre-ville !

Après …

La solution n’était pas dans l’installation d’horodateurs onéreux et disgracieux, ni dans l’armée d’ASVP pour les contrôles, ni dans l’installation des zones bleues (parking gratuit et limité entre 30 et 90 minutes selon les emplacements. Comprendre : ce fut un échec.

La solution imaginée pour les Mureaux : installation de capteurs de véhicules sur voiries en centre-ville afin d’avoir dans un premier temps, un observatoire du stationnement (mesure le nombre et les durées moyennes des « rotations »).

Une fois les statistiques relevées sur deux mois, il a été installé tout un ensemble de mâts de télé-jalonnement (17 au total), aux entrées de la ville et aux principales intersections afin d’indiquer au fur et à mesure que l’usager se rapproche de centre-ville, la disponibilité des places de stationnement tant sur celles « Zones BLEUES » de la Place Henri Dunant que celles du parking payant de la gare. A noter que 8 autres « poches de stationnement en voirie, furent équipées, le tout pour un total de 250 places environ.

De plus, sur la place principale (Henri Dunant) où les places sont numérotées à la peinture, il a été installé un panneau « pédagogique ». C’est à dire, qu’en plus d’indiquer le nombre le nombre de places disponibles, on indique aussi et surtout, sur un deuxième afficheur le n° des places en « dépassement ».

Tous ces équipements ont donc permis ENFIN de réguler tant le stationnement que la circulation et ce sans avoir eu besoin de recourir à la « répression » de par l’aspect convivial et pédagogique du système.

Précisons enfin que le taux de rotation a plus que doublé, que les voitures ventouses ont toutes « disparues », la fréquentation du parking payant de la ville a sensiblement augmenté… les habitants des Mureaux ont ainsi vaincu la malédiction de la « Rotation perdue », après des années de lutte.